Mes règles, mon anémie, mes emmerdes…

Woooh un nouvel article, ça faisait longtemps dis-donc !
Une petite mise en jambe s’impose et quoi de mieux que causer « règles et anémie » pour démarrer cette reprise.
Tu sais celles que l’on appelle jamais « les règles » ou « les menstruations » mais les ragnagnas, le débarquement, les rouges, la semaine ketchup, les choses de la vie…bref ! Tout un tas de noms à la con pour parler d’un truc dont personne n’a envie de parler.
Sauf que ça change depuis quelque temps, le sang devient rouge (ENFIN !) dans les pubs pour protections hygiéniques (keu oiii ? Le sang c’est pas bleu ?), les mots « règles et menstruations » ne sont désormais plus relégués au second plan, on en parle de plus en plus librement.

ET ÇA FAIT DU BIEN !

Les femmes ont entre 180 et 450 fois leurs règles durant leur vie, autant vous dire qu’on se marre bien tous les mois. Pour peu que tu sois un peu HS quelques jours avant et quelques jours après, en gros tu es peinarde la moitié du mois…vu comme ça, ça tabasse bien hein !?

Je vais te raconter mes règles du tout début jusqu’à aujourd’hui, tu vas voir comme c’est fun.
J’ai été réglée à 10 ans, j’ai 45 ans, j’ai eu mes règles 410 fois (en retirant la période grossesse).
410 périodes de merde…
c’teu fiesta.


Je suis rentrée en maternelle à 2 ans, j’ai donc eu mes premières règles en CM2…la bonne grosse rigolade ! La seule qui les avait dans ma classe avait redoublé deux fois.
Ma maman a toujours été super transparente sur les règles, je savais ce que c’était (en gros), je savais comment on utilisait les serviettes hygiéniques, je n’ai donc pas cru que j’étais en train de crever quand c’est arrivé. Ce n’est sans doute pas le cas de toutes les filles ou jeunes filles à qui cela arrive…encore aujourd’hui.
Autant vous dire que mon CM2 a été assez chaotique, se planquer aux toilettes pour changer de serviette (planquer les serviettes !!!), croiser les doigts pour qu’il n’y ai pas de fuite, rester à la maison quand j’étais pliée en deux (ma maman a toujours été à l’écoute de ce côté là et j’ai pu louper l’école quand c’était trop difficile), louper des sorties scolaires, flipper en sport (monter à la corde à nœuds…le calvaire, la torture), avoir peur de la fuite dans le bus, se tenir toujours bien droite pour éviter que la serviette ne migre vers des horizons lointains.
En 1986, les serviettes hygiéniques ressemblaient plus à un traversin qu’à une protection d’aujourd’hui donc le pull long ou noué autour de la taille était à la mode 1 fois par mois.

J’ai traversé le collège tant bien que mal (déjà que sans les règles ça m’aurait bien gonflé) en déployant toujours des trésors de tactiques, d’imagination, de stratégie pour être toujours dans la discrétion la plus absolue.
Les serviettes hygiéniques étaient cachées dans une pochette, j’avais toujours un change (dans un sac) dans mon sac de cours.
Je me souviens de ces moments où la fuite arrivait parce oui, on osait pas demander à aller aux toilettes sinon on s’entendait dire « il fallait y penser avant » ou « tu peux bien attendre l’intercours », « c’est bientôt la récréation », gniagniagnia.
Rhaaaaaaa, pendant ce temps, je me vidais joyeusement de mon sang dans mon jean humide et sur ma chaise qu’il allait falloir nettoyer à la fin du cours, discrètement, quand tout le monde était sorti, avec un mouchoir en papier ou du papier absorbant (que je ne prévoyais pas toujours !), le tout au bord des larmes.
Parfois, ça avait commencer à coaguler…imagine la facilité pour nettoyer…IMAGINE, IMAGIIINE !
Souvent, j’ai été obligée d’aller à l’infirmerie pour appeler ma maman pour qu’elle vienne m’apporter des vêtements de rechange…la plupart du temps, en pleurs, je repartais avec elle, soulagée d’aller me doucher et me glisser dans mon lit douillet.
Je me souviens qu’à l’infirmerie les seules réponses étaient de me filer une serviette et un spasfon (que je ne prenais jamais), super soutien, vraiment.
Ma mission était d’invisibiliser au maximum cette période chaque mois. Cela relevait déjà à mon age d’une éprouvante charge mentale qui s’ajoutait au rythme exténuant du collège et à la gestion des élèves irrespectueux.

Ça va ? Tu es toujours là ?
On passe au lycée…le lycée et ses chatoyantes toilettes (celles du collège mais en 10 x pire) !
Tu sais ? Celles avec un jour en haut, un jour en bas, non chauffées, sans savon, sans papiers, avec lavabo à l’extérieur, des verrous tous pourris quand il y en avait, sans poubelle et sales.
Les toilettes de L’ENFER !
Celles où TOUJOURS une amie t’accompagnait pour surveiller qu’un abruti de mec ne vienne pas reluquer par le dessus (par le dessous c’était plus tendu vu que le sol était toujours dégueulasse) ou tirer sur la porte.
Porte que tu tenais avec ton pied ou avec la main (quand il y avait encore une poignée) quand tu étais en équilibre au dessus des toilettes sales !
Je repartais joyeusement avec ma serviette usagée dans mon sac…pendant que d’autres moins regardantes les jetaient par terre.
Purée quand j’y repense…c’était tellement honteux ces conditions.

C’est dans cette délicieuse ambiance qu’il fallait gérer les règles.
L’infirmerie c’était toujours le même topo « serviette/spasfon » et pour les profs, il fallait prendre ses dispositions avant le cours ou attendre la fin du cours, démerde toi Josiane !


C’est aussi à cette période (j’avais 15/16 ans) que l’on avait le premier rendez-vous gynéco…enfer et damnation !
C’est chez la gynécologue de ma mère que j’ai eu mon premier rendez-vous. Ma mère n’était pas conviée à entrer (c’est le médecin qui décide hein !), je me suis donc retrouvée seule avec cette femme d’une froideur et d’un mutisme quasi total.
Elle m’a posé très peu de questions, si mes règles étaient régulières, si j’avais mal au ventre, si j’avais eu des rapports sexuels, du basique.
Rien sur mon flux, rien sur d’autres éventuels symptômes et aucune explications sur RIEN DU TOUT.
Elle m’a fait installée sur la table d’examen, ENTIÈREMENT A POIL (sauf mes chaussettes) !
Sentiment de vulnérabilité et d’humiliation puissance 10 millions.
Et sans explication elle a introduit un spéculum en métal et commencer à le bouger sans ménagement.
Ensuite, après avoir retirer le spéculum, elle a mis ses doigts dans mon vagin et a appuyé fort sur mon ventre…toujours sans explication ou même m’avertir ou me demander.
Palpation de la poitrine sur le même mode et puis un « rhabillez-vous ».
« Vous avez des questions ? », « Euh non madame », à vrai dire j’avais envie de me barrer la vitesse de l’éclair.
J’ai pris mon ordonnance de pilule et je suis partie.
(Alors la pilule il y a aussi un tas de trucs à en dire mais ça sera dans un autre article, on y va par étapes)

A ce rendez-vous, à aucun moment la gygy ne m’a demandé comment était mon flux. C’est con non ?
Une femme = des règles différentes pour chacune et des conséquences pour la santé différentes également du coup.
Je suis donc restée ignorante de mon type de règles pendant des années. Je trouvais simplement super injuste que mes amies puissent avoir des règles si peu abondantes.


Parce que oui, je suis de celles qui ont des règles que l’on appelle « ménorragies ». Toi aussi peut-être, mais tu viens juste de l’apprendre.
Des règles hémorragiques en somme.
En moyenne, les femmes perdent environ 40 à 50 ml de sang tous les mois. Quand tu dépasses 80 ml tu passes dans la team « ménorragies ».
Je perds en moyenne 180 ml de sang tous les mois
(même quand je prenais la pilule)…je fais partie de la team « ménorragies high level ».
Tu dois te demander comment j’arrive à évaluer cette quantité hein ?
Et bien tout simplement en pesant mes protections hygiéniques usagées (et en retirant le poids des protections neuves) ou en calculant avec une cup. Je suis futée hein !
Je suis futée ET ANÉMIÉE du coup…et ça c’est beaucoup moins drôle.
C’est beaucoup moins drôle, pourquoi ? Premièrement parce que je n’a pris connaissance de ce qu’était l’anémie qu’au moment de ma grossesse, il a 17 ans. J’avais 28 ans. Ensuite, j’ai compris que chez moi c’était chronique, que c’était tout le temps.
Je suis donc restée plus de 20 ans sans savoir que cette abominable fatigue chronique n’était pas due qu’au rythme scolaire ou au manque d’exercice, que ça n’était pas de la fainéantise ni de la mauvaise volonté (oui on entend tout pour justifier cette fatigue). Ravie de l’apprendre hein…ravie de le découvrir PAR MOI-MÊME.
Clairement les bilans sanguins n’étaient pas légions…et quand j’étais jeune ma mère n’a jamais capté qu’il y avait un souci de ce genre. Elle pensait juste à de la fatigue scolaire et me donnait des ampoules de vitamines.

Alors du coup on fait quoi ?
Mon médecin m’a proposé plusieurs possibilités :
– Du Tardyferon (médoc de fer pour remonter le taux)
– La pilule pour supprimer les règles (que je ne prends plus depuis 18 ans maintenant).
– Manger du boudin noir et de la viande.

Ok, ça fait rêver tout ça…
Je ne souhaitais pas reprendre la pilule, je me sentais tellement bien sans (on en reparlera hein !) alors j’ai tenté le Tardyferon.
Pour info, voici le effets indésirables du Tardyferon (Vidal) :
Fréquents : nausées, constipation, diarrhée, douleurs abdominales.
Peu fréquents : digestion difficile, vomissements, démangeaisons, éruption cutanée.
Rarement : ulcération de la bouche, urticaire, réaction allergique (so glam).
Ceux qui sont en gras sont ceux que j’ai eu…j’y ajoute des tremblements et de la tachycardie.

J’ai donc arrêté le Tardyferon, je suis futée mais certainement pas maso !
Je me suis donc tournée vers les compléments alimentaires naturels et j’ai surtout regarder de plus près ce qu’est l’anémie et comment lutter contre les ménorragies.
Pour info, Ferritine / valeurs de référence 20 à 200 ug/L pour les femmes
Mon taux : 2,5 ug/L
pouêt pouêt la fête !

Pour le moment je prends donc des compléments de fer que mon corps assimile normalement, des vitamines dont la C et la B12 ainsi que du magnésium marin…tout ceci de ma poche bien entendu, les remèdes de « bonne-femme » ça ne mérite pas d’être remboursés ! Cela ne me permet même pas de remonter généreusement mon taux, je suis plus en mode « survie ».
Alors du coup, tu te mets à penser à des trucs plus radicaux comme une hystérectomie par exemple ou la thermocoagulation de l’endomètre mais bon, une opération n’est jamais anodine, une anesthésie non plus. Et puis si tu as lu mes articles précédents, tu imagines bien que cette zone j’ai un peu envie qu’elle soit épargnée…alors quoi ? J’attends la ménopause qui arrivera peut-être dans 10 ans (aaargggllll) ?
Pour info ma fille de 16 ans a malheureusement hérité de ce problème et clairement en milieu scolaire ce n’est vraiment pas pris au sérieux. Cela relève quasiment d’un handicape. Pour rappel, voici les effets de l’anémie sur la santé :

  • Pâleur, bien visible à l’intérieur des paupières, au niveau des ongles et des lèvres
  • Essoufflement à l’effort puis au repos
  • Fatigue persistante
  • Palpitations
  • Étourdissements, vertiges, faiblesse en se levant d’une chaise, sensation de tête qui tourne
  • Maux de tête
  • Difficultés à se concentrer, à se souvenir, à lire
  • Manque de motivation, d’entrain
  • Baisse du désir sexuel (baisse de la libido)
  • Difficultés à mener ses activités habituelles
  • Épuisement physique, émotionnel ou psychologique.

Si l’anémie est sévère, qu’elle s’est installée rapidement ou qu’elle dure longtemps, elle peut avoir des conséquences :

  • cardiaques (aggravation d’une maladie cardiaque, telles qu’une angine de poitrine, une insuffisance cardiaque
  • pulmonaires (aggravation de l’insuffisance respiratoire au cours d’une BPCO par exemple).
    (source ameli.fr)



Avant une éventuelle thermocoagulation de l’endomètre je tente l’acupuncture et je te fais un retour.


Petit bonus !
Voici un petit florilèges des choses qui en 2021 me font bien grincer des quenottes au sujet des règles :
– La méconnaissance de ce que sont physiologiquement les règles. J’ai entendu il y a peu un micro-trottoir sur France Inter sur « les règles c’est quoi donc ? », c’était pathétique !
La moitié de l’humanité a ses règles, bordel !
– La non prise en compte des règles problématiques en condition d’examen. Quand tu changes ta protection hygiénique toutes les heures et que tu as 4 heures d’examen tu le mets où le sang ? Dans ta qwetch ?
– La non prise en compte en EPS, cette mauvaise volonté attribuée à l’élève qui a une dispense ou qui souhaite aller s’asseoir au lieu de faire des roulades et se retrouver avec de l’hémoglobine jusque dans le milieu du dos ! D’ailleurs pour les athlètes de haut niveau ça engendre un déséquilibre en terme de compétition. Souvenez-vous…
– Le fait de ne pas autoriser les élèves à aller aux toilettes quand elles le souhaitent sans avoir à se justifier ! J’encourage vivement les jeunes femmes à le faire avec aplomb et détermination, on a pas le droit de leur refuser.
Les filles, si vous avez besoin d’aller aux toilettes quand vous avez vos règles, sentez-vous libres de le demander. N’acceptez aucun refus ou jugement !
Si un mec fait un commentaire il aura une dissertation notée à faire sur le féminisme ! (virez-moi ce crétin de Blanquer, j’arrive !)
– Tenir compte des différents types de règles à l’infirmerie, non toutes les jeunes femmes n’ont pas besoin juste d’un spasfon et d’une serviette, parfois elles ont mal ailleurs, se sentent déprimées, tristes, fatiguées, ont le dos en compote, la poitrine douloureuse, la migraine, la nausée…et j’en passe. De l’écoute par pitié et arrêtons de juger ou de savoir mieux qu’elles comment elles se sentent.
– Les toilettes non adaptées en milieu scolaire ou sur le lieu de travail. Quand tu as une cup, tu fais comment ? Tu dégaines encore ta qwetch ?
– Les médecins qui minimisent les SPM. (syndromes prémenstruels ou postmentruel)
– La non prise en charge totale des protections hygiéniques pour toutes les femmes et notamment celles en situation de précarité.
– La possibilité de jours de repos en milieu professionnel ou de télétravail pour les femmes ayant des règles difficiles.
– …
Il y a sans doute plein d’autres points qui pourraient être ajoutés, s’ils me reviennent je le ferai mais ça serai déjà un bon début.

Et toi tes règles, ça va comment ?