Les jours où j’ai eu mal

Quel bonheur le matin de retrouver ma petite puce et de profiter enfin d’elle. Je n’étais pas en forme vraiment pas, comme l’impression d’être passée sous un rouleau compresseur. Je n’arrivais pas à me lever, je n’arrivais pas à bouger dans mon lit, à me mettre sur le bord, pourtant il le fallait. Tout effort était une épreuve.

Je me suis retrouvée seule dans ma chambre avec Mina, me demandant si j’allais vite être sur pied. Je me posais des questions sur mon état, les anti-douleurs étaient là pour ça…ne rien sentir, le moins possible, ne pas se poser de question.

Alors j’ai voulu voir, voir comment j’étais. Pas de miroir à porter de main mais juste regarder un peu comme ça pour voir. J’avoue que j’avais les jetons et ça ne m’arrive pas souvent. J’ai donc viré le drap, remonté ma chemise de nuit d’hôpital, vu que j’avais encore un bon bidon (ô joie) et j’ai vu…j’ai vu…

Du bleu.

foufounebleue

J’ai vite baissé ma chemise de nuit et j’ai essayé de ne pas penser. Mina était là et j’avais de quoi occuper mon esprit de façon plus agréable. Je savais que ça ne s’était pas passé parfaitement bien mais quand on met au monde son premier enfant je crois que l’on ne sait vraiment pas du tout à quoi s’attendre en terme d’état physique. C’est une première et on ne nous y prépare absolument pas. Et surtout, on ne m’avait toujours rien dit sur mon état précis. FLOU.

Les jours d’hospitalisation n’ont pas été reposant du tout. J’étais à bout de force, je souffrais. La nuit de ma première montée de lait a été un calvaire sans nom. Des seins qui triple de volume et que l’on ne peut à peine toucher tellement c’est douloureux. Une partie de la nuit à pleurer dans la salle de bain en mettant de l’eau dessus (pour de vrai, j’ai pensé à Pamela Anderson). Mina pleurait souvent, ce n’était pas simple. Mr Chéri venait le plus souvent possible mais je me sentais si seule et impuissante.

baywatch

Et puis arrive la puéricultrice de merde qui vient « t’aider » à mettre ton petit au sein. Je me souviens encore de la façon dont elle a « chopé » mon sein sans ménagement, sans douceur pour fourrer le téton dans la bouche de Mina. J’ai retiré sa main avec poigne et je lui ai demandé de sortir immédiatement…immédiatement ! Je crois que j’aurai pu la frapper. J’ai réussi à la nourrir tranquillement, toutes les deux au calme.

Aller prendre une douche était une épreuve, traverser le couloir à pas de geisha emberlificotée dans un kimono trop serré en bas. Le frottement entre les jambes, insupportable. A deux à l’heure, je trainais ma carcasse toute déformée et douloureuse jusqu’au jet d’eau qui me lavait un peu de tout ça mais aussi de tout le sang que je perdais. J’entendais parfois Mina se remettre à pleurer (je reconnaissais sa grosse voix entre 1000), alors je « m’activais » pour retourner dans ma chambre et sur le passage je me faisais engueuler parce que je laisse ma fille pleurer. Faire pipi était tout aussi affreux, ça me brulait et j’avais l’impression que tout allait péter, se rouvrir…

Je voulais rentrer chez moi. Mais Mina avait la jaunisse, je suis donc restée plus longtemps que prévu. 1 semaine de calvaire.

Je ne dormais presque pas ou de façon hachée. 1 heure par ci, 1 heure par là. La nuit Mina hurlait, je passais mon temps à la nourrir, elle dormait à côté de moi, je n’osais pas gigoter, j’avais mal partout à force de ne pas bouger, juillet, il faisait chaud. Je profitais de la moindre mini dose de sommeil que je pouvais m’octroyer. Et puis un soir, je n’en pouvais plus, mais plus du tout. J’ai demandé à ce que Mina soit prise en charge une nuit pour que je puisse reprendre des forces. On me l’a refusé. J’ai insisté, refus. A 1heure du matin j’ai insisté à nouveau, refus.  Je suis repartie en pleurant, j’étais à bout. A 3h du matin, j’ai mis Mina dans son lit à roulettes et je l’ai amenée à la nursery en marchant de mon petit pas de geisha très en colère. On m’a reçu avec des mines froides et bien emmerdées, il n’y avait pas un seul morpion en nursery. J’ai laissé le berceau avec ma petite, c’était vital.

« J’ai besoin de dormir au moins 3 ou 4 heures d’affilé sinon je vais griller une soupape, gardez-la jusqu’à demain matin sinon je pète un scandale ! » (Pas un son)

Et puis est venue le moment de la visite du psy. Le psy…

« Bonjour madame, je suis le psy, vous êtes considéré comme ayant eu un accouchement difficile alors je viens vous voir. Comment ça va ? »

Moi : »Bah euh ça va. » (en vrai tu sais que ça va pas du tout mais des semaines plus tard voir des mois)

Lui : « Votre fille va bien ? C’est votre unique enfant ? Vous avez des frères et sœurs ? »

Moi : « Euh oui, c’est mon seul enfant, euh oui j’ai un frère ainé. Pourquoi ? »

Lui : « Donc vous n’êtes pas l’ainé…(bah non ducon). Mina n’a pas la même place que vous au sein de votre famille. »

Moi : …

Lui : …

Lui : « N’hésitez pas si vous avez besoin. »

Il est parti. Sans déconner, c’était quoi ça ? C’était quoi ? C’est sensé m’aider un pauvre type qui pose des questions à la con et qui se fiche éperdument de mon état. Ah il était investi de sa mission celui-là !

Et puis au bout de 5 jours à ne pas pouvoir m’asseoir et à souffrir comme une dingue, Sissi m’a retiré deux fils de mon épisiotomie. Mal placés, trop serrés ? Fil résorbable qui ne se résorbe pas ? Tout ça en même temps ? Je crois bien que oui…mais encore une fois, c’est des mois voir des années après que tu comprends tout. Sur le coup, tu laisses le truc se faire…je ne savais toujours pas vraiment dans quel état j’étais.

Douleur, douleur intense quand les fils ont été retirés…(et soulagement de courte durée)

Avant de sortir, Mina a passé une échographie de sa petite tête pour voir si tout allait bien suite à l’accouchement musclé. Dernière prise de sang pour voir si elle n’avait plus la jaunisse. Elle a été piquouzée je ne sais combien de fois pour sa prise de sang par une incapable avant qu’une autre infirmière n’intervienne avant qu’elle ne se transforme en passoire !!! Mais merde quoi !

Et puis ENFIN, je suis rentrée chez moi. J’ai été accueillie par ma chatte Leeloo qui a fait, 1 heure après mon arrivée, sa portée de chatons. C’est pas choubidou ça ?

 

 

 

 

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8 commentaires sur « Les jours où j’ai eu mal »

    1. Pas de courage mais un espèce d’état où l’on ne voit pas, on ne voit rien. On a pas le choix que vivre chaque jour. J’écris ce blog 13 ans après les faits parce que le temps fait tout ressurgir au fur et à mesure et que l’on comprend mais si tard !

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  1. J’ai tout lu aujourd’hui… Après des années à ne savoir qu’une chose : le calvaire que tout ça représente pour toi… Je n’ai pas trop de mots en fait…juste de l’écœurement, de la tristesse et une très grosse envie de te faire un câlin.
    Un jour, peut-être, je raconterai mon avortement punitif…
    Plein de bisous et Félicitations Madame, pour ton courage, ton talent et ta magnifique famille ❤

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  2. OMG les fils de l’épisio ca m’a rappelé des souvenirs et pas forcément bons, mon mari devait me donner des glaçons la nuit que je mettais sur mes points pour supporter la douleur . et j’ai eu le coccyx déplacé avec ça. on ne nous dit pas tout quand on attend un enfant ! et J’avais presque oublié…. je vais aller lire tes autres articles

    Aimé par 1 personne

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