Le jour où tu es arrivée

Dimanche 25 juillet 2004, le jour où tu es arrivée. (à 10 jours du terme) Et là ça va être moins drôle, je préfère te prévenir.

Le matin, il fait beau, premières contractions, ça picote un peu ! Je sens que c’est pour aujourd’hui, les contractions sont régulières et se rapprochent. J’en profite pour faire un cake à l’abricot, si ça dure on aura des réserves !

Sissi, Mr Chéri et moi partons donc en fin de matinée, direction l’hôpital d’Evry !

Avec Mr Chéri, nous sommes contents, nous avons hâte !

Nous nous changeons, enfilage de jolie blouses bleues au top. Je suis installée sur le dos sur la table d’accouchement, il y a pas mal de machines autour de moi, on me pose une perfusion, on installe un monitoring pour surveiller les contractions. C’est parti ! Happy je suis d’être avec Mr Chéri et Sissi, souriante et présente !

L’anesthésiste (pas de souvenir, il n’y a pas eu d’interaction entre nous) vient me poser la péridurale. Je suis parée pour mettre au monde mon petit chaton adoré.

L’attente, les contractions, l’attente, on papote, vérification du col, monitoring, ça va je n’ai pas mal, en fait je ne sens rien. L’ambiance est détendue, je suis un peu fébrile, impatiente.

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Et puis arrive le moment où il va falloir s’y mettre sérieusement, le bébé est descendu, le col est au max, on y va…je ne sens toujours rien, on m’indique quand pousser grâce au monitoring. En fait j’ai une dose d’anesthésiant de cheval, j’aurai pu faire des mots croisés pendant que l’on me coupait les jambes en rondelles avec un couteau à pain rouillé. Ce n’est pas pratique pour pousser correctement, j’ai l’impression de ne rien faire en fait, de pousser dans le vide, je n’ai même pas la sensation de pousser.

Et puis tout bascule.

Les visages se crispent, Sissi m’annonce qu’il y a une souffrance fœtale, le monitoring l’indique. Mon bébé a le cordon autour au cou, il faut vite qu’elle sorte. Le médecin arrive. C’est tout ce que j’aurai comme info. Il arrive.

« Bonjour madame. » me dit le « docteur » Khadam.

Tout va vite, je ne pense plus, j’ai le cerveau en vrac, je vois les yeux et l’air préoccupé de Sissi derrière son masque. Je sais que Mr Chéri est là mais je ne vois pas son visage derrière moi. Je ne sais pas vraiment ce qui se passe derrière le champs, je ne sens RIEN. Je suis un peu perdue.

On me dit de pousser, je pousse, j’essaye, en fait je ne sais pas si je fais ça bien. Alors arrive la puéricultrice S. Bien charpentée, elle m’écrase le ventre en se tenant sur les barres latérales de la table d’accouchement et elle appuie comme une brute, elle pousse, elle y met tout son poids et je pousse, j’obéis. Je ne sais pas ce que « Docteur K » fait derrière, je ne vois rien, je ne sens rien, on ne me dit rien, on ne me demande rien, rien de rien. Rien n’est expliqué à Mr Chéri non plus. Rien , rien et rien ! Je n’accouche pas, je mets bas.

18h38, tu es arrivée, ma petite, ma toute petite, mon petit amour, Mina. Et plus rien n’avait d’importance autour de moi, autour de nous. J’ai pleuré avec ton papa à mes côtés et Sissi était très émue aussi en te posant sur ma poitrine. Tu étais là et tu étais vivante !

Et puis tu es partie dans les bras de ton papa, avec Sissi pour tes premiers examens et ton premier bain. Pendant ce temps, le « Docteur » K était affairé à me recoudre. Mais quoi ? Ça je ne le savais même pas, je ne savais pas du tout ce qu’il faisait derrière le champs maculé de sang puisque l’on ne me disait toujours rien, rien, rien. Donc il était là, je voyais dépasser le bout de son crâne et je ne savais pas ce qu’il me faisait. C’est pas extraordinaire ça ? Je ne sentais rien (heureusement), la péridurale de cheval était encore super active. Quand le « Docteur » K a eu fini son petit bordel, il est parti.

« Félicitations Madame. Au revoir Madame. » Voilà, avec la phrase plus haut, ce sont les 3 seules phrases que le « Docteur Khadam » a daigné me dire. Il n’y en a pas eu d’autres, jamais (enfin oralement).

J’étais claquée, dans le gaz, j’avais hâte que Mr Chéri revienne avec ma petite. Je suis restée en observation durant un bon bout de temps, ils sont revenus et on m’a emmenée dans une chambre seule (ouf !). Il était tard, Mr Chéri ne pouvait pas rester avec moi très longtemps, il devait repartir, je n’en avais pas envie. Sissi qui était de service la nuit a pris en charge Mina, je ne pouvais pas bouger ni m’en occuper, j’étais beaucoup trop faible. Elle était avec Sissi alors j’étais en confiance et j’ai pu m’écrouler, à bout de force. Sous l’effet de forts anti-douleurs, j’ai sombré dans le sommeil sans souffrir.

J’étais alors loin, très loin, très très loin de m’imaginer dans quel état j’étais…

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Les jours où…rien, enfin, pas grand chose.

Alors voilà, c’était donc ça ma prénatale destinée ? Rester couchée durant des jours jusqu’à ce que ma petite belette pointe le bout de son nez. Bon ! Au moins, j’étais chez moi ! On se fait facilement une raison quand on sait qu’il y a un risque.

Et heureusement, j’étais bien entourée. D’abord par Mr Chéri et puis Sissi qui habitait  2 étages au dessus de chez nous. Margit ma sage-femme à domicile venait presque tous les 2 jours. J’avais le droit à mon monitoring en live, papote et cours d’accouchement à la cool. Elle n’a jamais été brutale ni intrusive physiquement, elle m’a toujours demander et expliquer les choses avec douceur et bienveillance. Elle m’a redonné confiance et m’a apaisée.

Et puis les amis des appartements autour venaient me voir dans mon antre, avachie comme une pauvre malheureuse. Heureusement aussi que le temps était agréable, je pouvais aller me reposer et lire dans le parc dans un transat et manger avec la tablée des amis voisins tous les soirs sous le grand séquoia. Purée…ça c’était bien ! Et alors j’en foutais pas la rame !

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Mon cerveau était en veille, j’arrivais à lire mais je ne dessinais plus…forcément, couchée c’est pas très pratique. Cette improductivité était pesante, les journées étaient longues. Je faisais tellement peu d’efforts physiques que la nuit je dormais hyper mal en plus d’aller pisser 4 fois. Tu vois ça te prépare aux nuits pourries postnatales ! La nature est finalement bien faite, naaan je déconne.

Le truc génial, ouai il y en a un et de taille, c’était que je couvais mon petit. Je la sentais bouger, se retourner, gigoter, je lui parlais. Je pense que c’est ce qui m’a fait tenir dans tout ce bordel. Tenir le coup et laisser glisser les choses sur moi, pour elle. Pour que tout aille bien. Et ne faire que m’oublier moi-même, faire abstraction des choses difficiles que je vivais, trouver les ressources nécessaires et envisager l’après le mieux possible. Je suis devenue enveloppe, cocon douillet, je me suis donnée entièrement à ma mission. Je ne m’appartenais plus…je me suis sans doute un peu perdue.

Et puis arrive ce moment, celui où l’on te dit que tu es hors de la « zone de danger » et que tu peux reprendre la position verticale et redevenir humaine. DEBOUT ENFIN ! Et putain ! Laissez-moi tranquille !

debout.

 

Le jour où j’ai passé l’écho pourrie

Après une semaine en mode zombie au fond du lit toujours à l’hôpital d’Evry Courcouronnes, avec des vérifications du col trop fun fun, une tension pas top du tout (en même temps avec cette surdose de stress…), toute molle du mollet (bah oui , quand tu fais rien, tu deviens molle de partout ultra vite, bonheur, joie ultime), des nuits de merde (merci la chambre double), des repas de merde, des journées à ne rien faire qu’attendre que ça passe en regardant des conneries sur la télé de la voisine (ouai deux télévisions en même temps c’est l’assurance d’une perte de neurone puissance 10 000), à lire un peu, le médecin vient me voir pour me faire passer une écho. « Pour vérifier si je vous laisse sortir » (touuuute puiiiiissaaaance) qu’il me dit le bonhomme avec gentillesse (j’déconne).

Et là, tiens-toi bien ! Il part en marche nordique version sous amphétamines dans les couloirs, direction le service imagerie ! Et moi ? Et bien moi, ça fait une semaine que je suis couchée, une semaine sans aucun effort. Alors je me lève de mon lit comme une petite vieille, fracassée du dos, en pyjama, j’enfile mes pompes et j’essaye de le rattraper. Aaaah punaise, j’ai plus de souffle. Je m’arrête au milieu d’un grand couloir pour reprendre mon souffle, j’hallucine d’être dans cet état. L’autre neuneu il continue comme s’il était dopé sur un GR dans le Cotentin. Je l’interpelle, il se retourne, revient vers moi, l’air impatient, le pas rapide, le visage fermé.

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« Ah euh oui, je marche un peu vite peut-être. » (Que nenni, DUCON.)

Bah ouai mon coco, Dis donc c’est toi qui me dis de rester couchée, de ne pas faire la follette et c’est toi qui me fais courir dans les couloirs après 1 semaine d’électroencéphalogramme plat ! Elle est où la cohérence du discours là ? Il est à peine gêné, je crois même qu’il s’en fout, il est pressé, ça se voit dans son comportement physique, il faut que ça aille vite.

Salle d’écho, on passe à deux en même temps (si, si, tu as bien lu, c’est plus convivial et sans rideau), trop chouette, ambiance au top ! Hop ! Je te colle le truc truc de l’échographe dans la foufoune (j’étais hyper mal à l’aise…). Mon col est encore modifié mais n’a pas bougé d’un pouce (ahaha !), il me dit qu’il me garde quand même encore une semaine à l’hosto. Je me souviendrais toujours de la façon dont il m’a annoncé ça, sans aucune émotion, il ne me regardait pas en me parlant, il était déjà passé à autre chose. J’ai senti les larmes monter d’un coup, il m’a regardé l’air condescendant (oh nooon, elle va se mettre à chialer en plus). J’avais du mal à parler, la gorge serrée, j’ai formulé un petit « mais si je reste couchée pareil qu’ici et que je fais attention, je peux le faire chez moi, non ? ».

Il était exaspéré, il m’a disputé…OUI, il m’a disputé ! Empathie et bienveillance, bonjouuur, ah non pardon, on s’est planté d’étage, ici c’est réprimandes, infantilisation et irrespect. « Aaaah mais il faut savoir ce que vous voulez hein, vous voulez que votre enfant aille bien non ? Alors c’est comme ça ! » Puis je suis retournée toute seule jusqu’à la chambre en pleurant (et essoufflée again). Aujourd’hui, je lui collerai bien la sonde de l’échographe quelque part avec un certain plaisir !

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Deux jours plus tard, avec insistance, je rentrais chez moi avec une ordonnance pour qu’une sage-femme vienne me visiter à mon domicile. Je devais rester couchée jusqu’à être hors « zone de danger de MAP ». Je passais de l’état de relativement joyeuse femme enceinte à un état de truc difforme et déprimé. Adieu muscles, adieu cerveau…

J’avoue que j’ai détesté cette vulnérabilité durant ma grossesse (pratique pour gérer les patientes comme on veut sans avoir de rébellion), elle m’a fait perdre mes moyens de trop nombreuses fois, elle m’a souvent mise en position de ne pas pouvoir me défendre, de ne pas pouvoir hurler et ruer dans les brancards. Je n’étais pas préparée à ça (à pas grand chose d’ailleurs), je me suis sentie tellement humiliée, négligée, déshumanisée. Alors que l’on aurai du prendre soin de moi encore plus, on m’a traitée comme une gourde, une irresponsable, un « truc vivant » dans lequel poussait la chose importante à gérer, le bébé (alléluia, petite lumière divine)…le truc vivant qui l’entoure, on s’en fout pas mal.

La sage-femme qui venait à domicile était Tchèque, elle était adorable, gentille et douce, elle s’appelait Margit.

margit

 

Le jour où ça a commencé à être vachement moins drôle

Je me réveille d’une nuit entrecoupées de visites nocturnes, de suées (il fait toujours une chaleur à l’hosto et merci la housse plastique du matelas, saunaaa touch !), de ronflements de ma voisine, de pleurs de son bébé, de lumières qui s’allument…hello l’ami ricoré ! (je passe sur le petit déjeuner hein, tout le monde a vécu cette émouvante expérience gustative, cette envolée culinaire, ce festival des papilles)

J’ai toujours ma super blouse funky fesses à l’air et ma perfusion (installée sans explication of course, des fois que j’aurai des neurones). J’imagine que comme les contractions ont disparues, je vais rentrer tranquillou chez moi (Mr Chériiiii vient me chercher !!! Save me !). Mais non madame ! Les choses ne sont pas aussi simples.

Une infirmière vient me voir pour vérifier ma perfusion, je lui demande ce que c’est. Pas de réponse. Autant te dire que j’aime pas trop ça quand on ne me répond pas. En même temps je savais ou du moins je supposais que c’était de la cortisone pour booster la maturation des poumons de ma petite poulette puisque j’étais en MAP, menace d’accouchement prématuré.

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« C’est de la cortisone ? » Elle me regarde, surprise. « Euh oui, comment vous le savez ? »

« Je me renseigne madame, je suis enceinte alors je lis, pour savoir un peu comment ça se passe, comment ça peut se passer, par où ça sort. Vous m’avez fait le test pour l’ocytocine ? »

« Euh oui… »

« Et ? » (ma tension, ma tensiiiion beurdel, respiiiiire, pfff, pfff…)

L’infirmière s’en va, reviens et me dit que je suis négative au test de l’ocytocine. (youpi tralala, soulignons que si je ne demande pas, on ne me dit RIEN)

« Ok donc plus de contractions, négative à l’ocytocine, un col qui ne bouge pas, je ne suis donc pas en train d’accoucher, je vais me tenir tranquille. Vous pouvez donc me retirer la perfusion et je rentre chez moi aujourd’hui ? »

« Ah non non, je ne peux pas. »

« Pourquoi ? » (AH !)

« Ah mais parce que c’est le médecin qui a dit de vous laisser sous perfusion. »

« Et il est là le médecin ? Vous ne pouvez pas lui demander pour me la retirer ? Ce n’est pas la peine de me bourrer de cortisone si je n’en ai pas besoin ou alors qu’il vienne m’expliquer le concept. »

Elle repart, revient pour me dire que non, il faut que je la garde encore 1 ou 2 jours.

« Vous ne me dites pas pourquoi, je ne suis pas d’accord, je vous laisse le temps d’aller chercher ce qu’il faut pour me l’enlever sinon je le fais moi-même. »

Elle revient 1 minute plus tard avec son matos et me retire la perfusion dans un silence absolu. (d’où mon profond questionnement sur son utilité !)

Le coup de grâce.

Le médecin inexpressif vient m’annoncer sur un ton sec, voir même flippant qu’il veut me garder au moins une semaine à l’hôpital en observation parce qu’il craint un risque d’accouchement prématuré. Je suis abasourdie. Je lui demande si je ne peux pas quand même rentrer chez moi et rester calme. Il me fait la leçon, j’ai l’impression d’avoir à nouveau 6 ans et d’avoir fait des tonnes de conneries. Je capitule, je suis seule sans Mr Chéri à mes côtés. J’ai les nerfs à vif, je pleure dans la salle de bain, cachée.

1 semaine à l’hosto…couchée. Le rêve…

Le topo des 6 premiers mois

La grossesse, c’est un truc que tu ne peux pas anticiper. Tout est tellement différent d’une femme à l’autre. Parfois ce sont 9 mois qui défilent tranquilou bilou, parfois des mois de calvaire intégral à dégobiller dès que tu vois de la bouffe ou la tête de ton voisin .

Je vais te faire un topo de mes 6 premiers mois, oui alors après ça se gâte donc je vais d’abord faire le point sur les mois pas trop pourris.

Alors le premier mois est passé sans que je m’aperçoive de grand chose finalement à part un peu plus de roploplo. Next.

Le second et le troisième mois ont été un peu plus sportif. On ne voyait absolument pas à ce moment là de la grossesse que j’étais enceinte. Par contre, physiquement, mon corps m’a bien fait comprendre qu’il se passait un truc ! Il y avait tout d’abord cet état de fatigue permanent, l’envie de roupiller partout où je me posais. Un état léthargique assez pénible puisque du coup ma concentration était proche de celle d’un mollusque mort. Motivation ZÉRO ! Productivité ZÉRO ! Et puis les lombaires, raaaah les lombaires ! Des douleurs de folie dans les lombaires, un mal de chien à me sortir d’un fauteuil sans aide (oui tu as bien lu !).

A cela s’ajoutent, les jambes qui gonflent, les vaisseaux qui pètent, la constipation, les nausées au réveil, pas des trucs trop violents mais un état nauséeux…toujours un peu à la limite, borderline de la gerbouille. Le truc qui te donne bonne mine et te met de bonne bonne bonne bonne humeur ce matin. Quand j’ouvrais le frigo, la vue du gros morceau de Cantal ramené de chez les potes (pour ceux qui suivent) me provoquait des envies de vomir comme si j’avais bu 2 litres de vodka.

« Et avec ça madame, je vous mets quoi ? » Bah ajoutez-moi des émotions démultipliées, la larme à l’œil pour un rien, la colère qui monte vite, une susceptibilité à fleur de peau, un état un peu dépressif, merciiiii! Oh hé…n’emballez pas, c’est pas la peine, c’est pour consommer tout de suite.

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Bon ben tu vois, tout ça, tu le vis au jour le jour. C’est intégré, supporté au mieux…ça fait partie du truc, tu te plains pas et aux rendez-vous hosto, tu dis que tout va bien, toujours, parce qu’il y a des choses bien plus graves et c’est vrai dans le fond. Parce que j’ai oublié de te donner un détail, je ne suis pas chochotte du tout…et ça, ça aide pas toujours, loin de là.

Et puis au 4ème et 5ème mois, ça s’est calmé, j’ai retrouvé une certaine pêche ! Je savais ce que je pouvais ou non manger, j’étais moins claquée. Mon dos était toujours douloureux mais je m’habituais à prendre des positions qui me convenaient. Mon ventre s’arrondissait, ça c’était cool et les petites sensations du bébé qui commence à gigoter alors ça c’était foufou !

Du coup, au 6ème mois, pour fêter ça, j’ai voulu exposer à une foire à tout pour faire un peu de vide chez nous avant l’arrivée du petit colis ! J’étais à donf ! Au top de la forme ! Énergie puissance 10 000 ! Mr Chéri a du me dire de me calmer mais j’avais l’impression d’être invincible, j’avais comme une envie de rattraper les semaines où je me suis trainé comme un zombie ! Bilan, quelques petites contractions qui ont pointé le bout de leur nez en fin de journée…gloups.

Alors du coup le barbecue du dimanche soir avec les potes et bien WALOU ! Sissi m’a conseillé d’aller à l’hosto faire une vérification. Hop ! Mr Chéri m’y a emmenée. Quelques contractions, un col légèrement modifié et on décidait de me garder à l’hosto en observation car en risque d’accouchement prématuré. Inutile de te préciser que personne n’a été particulièrement rassurant, on te file froidement le minimum d’infos (comme si tu n’étais pas capable de comprendre), tu les prends dans la trombine (comme si tu étais en pleine possession de tes émotions), tu les digère au mieux et hop au lit ! Hé ho ! Et mon barbecue ! (en vrai, je faisais pas la maligne)

Il était déjà tard, j’ai donc été emmenée dans une chambre double où dormait une ronfleuse de première catégorie, sans manger, sans boire, avec une perfusion et une super blouse d’hosto (et ouai, je pensais pas rester tu vois, j’avais pas prévu la garde-robe adéquate). Tu sais ? La blouse qui laisse apparaitre ton cul quand tu te lèves si tu as pas assez serrer les liens, celle que tu essayes de vriller sur le côté pour éviter que tout le monde voit ton popotin dans le couloir, celle qui, quand elle est à pression, s’ouvre toute seule quand tu t’assoies. La blouse modèle « humiliation » !

Même à fleurs, ça change rien du tout, ça fait humiliation sponsorisée par Liberty, c’est tout.

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Du coup ma tension artérielle a fait boum ! (dans mon cerveau aussi, ça a fait boum)

Les jours des consultations

La toute première consultation a eu lieu chez ma gygycoco du moment, tenez-vous bien, elle s’appelait Madame Batard ! Elle m’a confirmé la grossesse en pratiquant une échographie, point. (faudrait pas trop se réjouir non plus, on pourrait croire qu’avoir un morpion c’est rigolu.)

Ma première consultation « hôpital » a eu lieu là où j’ai accouché, en région parisienne à Evry Courcouronnes. Ma voisine (que l’on appellera Sissi) étant sage-femme là-bas a insisté (très très peu parce que j’ai vite accepté) pour être à mes côtés lors de l’accouchement. Pas d’hésitation ! La douceur et la bienveillance qui caractérisent Sissi ont vite pesé dans la balance. Je me suis sentie en confiance dès le début.

sissi

Alors bien sur les rendez-vous grossesse en hôpital public se déroulent avec le personnel présent. Pas le choix de l’intervenant. J’ai quand même été à ce premier rendez-vous l’esprit joyeux et léger (Quelle petite naïve je fais !).

Bon alors en fait c’était bien nul ! Alors oui ok, la madame, elle va pas être marraine ou grand-mère de ton mioche mais quand même, tu as juste l’impression de passer un entretien un peu infantilisant, un peu rabaissant, dénué de bienveillance (ce mot là tu vas en manger hein parce que je vais souvent le citer tellement je ne l’ai pas rencontré) et dans un bureau petit et moche.

On me liste les examens à faire, les échographies, la vérification toxoplasmose, les rendez-vous préparation à l’accouchement, on me donne un livret « conseils » moche, on te fourre tout ça dans une pochette moche aussi et surtout on me fait la leçon, tu sais comme quand tu avais 6 ans. « Il ne faudra pas faire ça (la picole), il ne faudra plus faire ça (fumer), vous avez le droit de prendre tant de kilos, pas plus, interdit de manger ça, ça c’est interdit (faire du parachute après une rave party sous cacheton), vous comprenez ? hein, vous compreneeeez ? » Hé ho ! Juste pour info, on peut faire passer ces informations (indispensables et de bon sens) d’une manière respectueuse. Parce qu’avoir la sensation d’être une quiche doublée d’une cruche ne fait pas très plaiz figurez-vous.

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C’est possible d’avoir un petit mot gentil ? Un petit sourire ? Ah…on me dit dans l’oreillette que non, faut pas rêver non plus, tu te crois chez Mickey ou quoi ?

Alors je ressors du truc en me disant, merde, il va falloir que je fasse ça combien de fois venir à l’hosto pour faire monter en flèche ma tension artérielle ? Bah Vas-y, jette un œil dans ton livret moche, ah ouaiiii, souvent en fait ! Pour être plus précise, environ 10 rendez-vous + les écho + les prises de sang toxoplasmosedamour tous les mois. 10 rendez-vous avec toujours une joie non dissimulée ! Et toujours tout un tas de trucs « moches ». Tu sais, les moches tables d’obstétrique avec les moches étriers en métal (froid et ultra confort) qui te font te sentir tellement bien dans ta peau. Et comme les rendez-vous sont expédiés et bien tu te mets à moitié à poil vite, tu colles vite tes pieds là-dedans, tu as hâte que ça soit déjà fini, tu es tendue, tu es gênée, tu as froid, mal positionnée, tu serres les jambes, tu as peur que quelqu’un entre là d’un coup dans la moche mini-pièce et là on me colle vite fait des doigts dans la foufoune pour vérifier si ton col il est bien comme il doit être, c’est à dire fermé…fermé comme mon cerveau à ce moment là.

Et viennent les petites phrases adorées des rendez-vous. « Vous avez pris du poids ! Il ne faut pas prendre plus d’un kilo ce mois-ci ! On vous l’a dit pourtant hein » ou encore « Vous pensez bien à faire votre préparation à l’accouchement hein, enfin après si vous le faites pas c’est votre problème » ou « Nan mais là si vous restez comme ça je peux rien vérifier moi, descendez plus allez ! » (aaargggllll mais cause moi pas comme ça toiiii ! Stress, stress, stress, tu vas bouffer ta balance et ton spéculum !)

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Et puis il y a la première écho, épique aussi. Une échographe, Docteur V, conseillée par Sissi car très pro mais pas très fun. Ahahahah tu m’étonnes ! En fait, avec Mr Chéri on a retenu nos émotions durant l’examen, le temps était suspendu, nos cerveaux aussi. Du coup, c’est dans le couloir, comme deux foufous que l’on a fait notre danse de la joie. Tout allait bien. A la seconde écho on a demandé le sexe du marmot, une bonne partie de rigolade tiens ! On a fait une boum dans le couloir après avec du champomy et des ecstasy ! Tu vois le truc quand même, tu te réjouis mais ailleurs, pas sur le moment. C’est quoi cette affaire quand j’y repense, c’est archi nul.

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C’était une fille (joie sans limite, explosion de nos petits cœurs, bonheur fulguro-poing dans nos faces) , c’était toi ma petite fille d’amour, c’était toi !

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Le jour où j’ai su.

Cantal 2003, des potes, du Beaujolais nouveau, des clopes, la teuf ! Rétrospectivement, je me souviens que le fromage du Cantal ne m’avait pas donné envie du tout, un truc carrément anormal. Et puis toute cette fumée de clope, pouah, ça me collait la gerbouille. J’avoue par contre que le coup de Beaujo est passé tout seul (pardon mon enfant chéri, ta première alimentation n’a pas été très « healthy » comme dirai mon pote Jamie).

erk

C’est mon amie Valy qui a su la première que j’étais enceinte.

« Purée, dernièrement, j’ai pris un peu niveau ninib, c’est galère, ça déborde ! »

« Bah tu es enceinte !!! »

« Pfff n’importe quoi, j’ai juste trop bouffé ouai ! »

valy

Rentrée de fiesta, j’ai chopé un klirblou en pharmacie, j’ai fait mon petit pissou dessus et j’ai su !

klir

Allô Chériiiiii ! Tadaaaaaam ! I’m pregnant !

(et là je te dis pas comment ça fait des tours dans mon cerveau, en plus des tours de ninib)

Le jour où la nature a fait son taf.

Le jour où Mr chéri et moi-même avons décidé de faire un mouflet, cela faisait 9 ans que nous étions ensemble. Trois jours après notre décision j’étais enceinte (d’après calculs et souvenirs). Il faut dire aussi que je ne prenais plus la pilule depuis 1 an et demi par confort. Ouai, c’est un comble de dire ça alors que ce petit comprimé facilite grandement la vie, enfin façon de parler hein ! Mais la migraine, les gonflements, les malaises, les douleurs et tout le reste des symptômes de merde ont disparu dès que j’ai arrêté de la prendre. Depuis je n’ai plus jamais avalé de pilule…enfin disons, pas les mêmes.ouiiiii3jours

Des vrais athlètes de la procréation !!! Médaille d’or du meilleur ovule, Oscar du lâché de spermatozoïdes, 1er prix du speed dating de gamètes ! Wooohoooo !

(Je précise que je ne suis pas anti-pilule, loin de là mais il serai temps (et équitable) que ça ne soit pas que les femmes qui avalent des trucs tous les jours ! La responsabilité de la contraception ne doit pas reposer sur les seules épaules des femmes.)

Salut !

Je m’appelle Amélie, j’ai 43 ans, je suis illustratrice, en couple depuis 24 ans et maman depuis 15 ans.

J’ouvre cet espace afin de raconter avec humour (j’espère) une période pas cool de ma vie.

Je vais vous parler de ma grossesse, de la façon dont elle a été prise en charge par le corps médical. Je vais vous parler de mon accouchement, des conséquences, de ma vie après.

Après des années de souffrance, j’ai décidé de parler parce que les choses n’évoluent pas, parce que je constate qu’il n’y a pas de changement, que personne ne prend ses responsabilités. Même si dernièrement les violences obstétricales ont été médiatisées et dénoncées par Marlène Schiappa (secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes), je constate que la voix des femmes est encore écrasée par le rouleau compresseur de l’ordre des médecins.

J’ai décidé de tout déballer parce qu’il le faut, parce que j’ai besoin que mon expérience ai un but, une utilité.

Dénoncer pour faire changer. Exorciser pour mieux vivre.

Je m’appelle Amélie, j’ai vécu une grossesse à risque et un accouchement difficile.

Tu vas voir, on va bien se marrer et puis parfois ça risque de chouiner un brin dans les chaumières !